Post-scriptum

Ce carnet de recherche est l’occasion pour moi de poursuivre mes réflexions et les discussions laissées en plan lors d’un cours, sur un bout de papier, en marge d’une page d’un article ou d’un livre (d'où son titre : Post-scriptum). Certains des billets retrouvés dans mon carnet de recherche seront co-écrits avec des collègues.

RECONNAISSANCE SCIENTIFIQUE ET HONNEUR À L’ÈRE DE L’INDICE D’IMPACT


Les perspectives réflexives en méthodologie de la recherche nous invitent à questionner aussi bien les tenants que les aboutissants du choix du thème de nos recherches que les modes de diffusions des résultats privilégiés. C’est justement ce que poursuit ce billet: aborder dans une perspective réflexive l’aboutissant de la publication scientifique.

À partir de là, la professeure Michelle Harbour et moi-même travaillons depuis quelques années sur la « face cachée » de la diffusion scientifique. Elle n’est pas vraiment cachée puisque l’information est accessible à n’importe qui. En fait, elle est juste absence de l’imaginaire ou des métarécits qui sont faits sur la science qui considèrent que le chercheur participe au développement sociétal et humain. À combien de reprises m’a-t-on servi la métaphore du chercheur qui s’engage en sciences pour pratiquer l’amour de l’art – il me semble qu’il y a quelque chose de comptien et de mertonnien dans cette façon de raconter et d’imaginer la science et le métier de chercheur… quoi qu’il en soit…. Voyons un peu cette face cachée.

Comme plusieurs, je me suis dit tant qu’à publier pourquoi ne pas rêver de voir mon nom dans une revue à fort indice d’impact, un écusson que je pourrais mettre sur mon blason de chercheur ! Pour atteindre cet espoir qui relève plutôt de l’amour propre que de l’amour de l’art, il faut être résilient et ne pas compter ses heures, car le processus de publication scientifique laisse, hélas, trop souvent un goût amer. Michelle pourrait vous en parler longtemps, elle a publié dans Journal of Business Ethic (
https://link.springer.com/article/10.1007/s10551-013-1835-7). Journal of Business Ethic qui a un indice d’impact de 3.955 (sur 5 ans) se classe en 16e position du TOP 50 du The Financial Time (https://www.ft.com/content/3405a512-5cbb-11e1-8f1f-00144feabdc0).

Au-delà des poèmes, des fables et des mythes, à quoi contribue cette pratique du métier de chercheur qui vise la publication dans des périodiques ayant un fort indice d’impact et qui est nourrie par le besoin d’être reconnu ? Munis de cette question, Michelle et moi-même avons commencé à explorer les sciences et les affaires. Prenons les exemples suivants : International Journal of Project Management fait partie du catalogue des périodiques d’Elsevier, alors que Journal of Business Éthique appartient à SpringerNature. Elsevier et Springer sont des entreprises commerciales : la première appartient à RELX Group qui est une société ouverte et la seconde appartient à deux firmes d’investissement privées. Pour ces holdings, la croissance et la profitabilité sont les principaux objectifs d’affaires.

Quelques résultats de nos travaux sur le métier de chercheur et l’édition commerciale des périodiques scientifiques viennent d’être présentés au Congrès de l’Association des sciences administratives du Canada (ASAC - 26 mai, 2019) et au congrès de l’ACFAS (Association francophone pour le savoir -le 28 mai 2019).

Le papier présenté à l’ASAC et la conférence qui en a suivi consistaient à approfondir les écosystèmes d’affaires et les stratégies de coopération de cet univers de la publication des périodiques scientifiques. Alors qu’à l’ACFAS, la présentation visait à sensibiliser des chercheurs en management au fait que lorsque l’on poursuit l’objectif de publier dans une revue appartenant à un éditeur commercial ou encore lorsque l’on souhaite mettre à son blason un fort indice d’impact - comme l’on aime porter une chemise griffée
1 - par cette pratique, nous contribuons à maintenir tout un écosystème d’affaires avec des stratégies commerciales : celui de l’édition commerciale.

Avant de faire ce travail avec Michelle, je n’avais pas pris la mesure du monde marchand (stratégie d’affaires, indice d’impact comme marque de commerce, croissance et rentabilité) dernière la publication scientifique. Au fait de la situation, je peux faire des choix plus éclairés lorsque vient le temps de la diffusion de mes travaux de recherche. Je peux opter pour une revue d’un éditeur commercial si je souhaite publier dans ladite revue ou si les impératifs de la performance au travail l’exigent. En contrepartie, je peux choisir une revue d’un éditeur commercial dont la mission et le modèle d’affaires rejoignent mes valeurs. Enfin, il est également possible de choisir toute autre forme de véhicule de diffusion (ex. : une base de données en accès libre – H.A.L.). Comme Michelle et moi-même le relevons dans nos travaux, le monde de la publication scientifique est en constante transformation et de nouveaux joueurs s’ajoutent périodiquement.

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Comment citer ce billet ?

Gauthier, J.B. (2019, 28 Mai). Reconnaissance scientifique et honneur à l'ère de l'indice d'impact
[Billet d'un carnet de recherche]. Repéré à http://jacques-bernard-gauthier.ca/Carnet/index.php.
  1. Ce ne sont pas tous les périodiques avec un fort indice d’impact qui appartienne à un éditeur commercial. Cela dit, l’indice d’impact n’est pas qu’un indicateur bibliométrique – c’est-à-dire un indicateur de l’évolution des sujets de recherche et de la connaissance produit sur ces derniers. Nous en avons fait un indicateur de performance : performance sur les marchés pour la maison d’édition et performance de la productivité et de la qualité de la recherche pour les universités, les centres de recherche et les organismes subventionnaires. Les chercheurs, comme moi, ont été convaincus de publier dans des revues à forts indices d’impact : nous contribuons activement à maintenir l’indice d’impact comme mesure de performance et comme symbole de reconnaissance.